cloudLa montée en puissance du Cloud n’est plus une prévision c’est un fait. Cette approche de l’informatique va progressivement devenir dominante et ceci en quelques années seulement. Ce ne sera pas sans conséquences sur les ressources humaines, les effets ne seront pas toujours positifs loin s’en faut.

Le retour d’expérience est maintenant suffisant pour avoir une idée assez précise de ce qui va se passer. Le domaine est vaste, trop vaste pour un seul article, je vais traiter aujourd’hui uniquement de l’impact sur les métiers de l’infrastructure.

Impact sur les métiers de l’infrastructure

Dans ce domaine l’équation est connue, il faudra considérablement moins de personnes pour administrer et exploiter les infrastructures Cloud que dans le cas des architectures on premise. La question est « combien de fois moins ». Selon les modes de calcul et si 100% de l’informatique passait dans le Cloud il faudrait environ 25 fois moins d’informaticiens infrastructure qu’aujourd’hui pour aboutir au même résultat (nous verrons plus tard que ce chiffre théorique est toutefois très éloigné du résultat réel).

Pourquoi 25 fois moins ?

Les gains de productivité sont de deux ordres : moins de serveurs nécessaires et plus de serveur administrés par une seule personne.

Moins de serveurs nécessaires

Dans une architecture on premise classique l’activité principale des serveurs est de ne rien faire ! Le taux de charge moyen effectif d’un serveur sur 365/24 est inférieur à 10%.
L’enjeu pour les datacenters est d’avoir des serveurs physiques les plus chargés possibles sur des plages de temps les plus longues. Pour cela les meilleurs providers panachent des clients privés et professionnels sur différents fuseaux horaires, différents métiers… ce qui permet de lisser le taux de charge sur 24 heures par jour, 7 jours par semaine et 52 semaines par an. En pratique 1 seul serveur en datacenter remplace au moins 5 serveurs physiques en entreprise.

A titre d’exemple voici le graphique du nombre de searchs effectués en fonction de l’heure (GMT) entre le Japon et la Grande Bretagne.

IimpactCloudSurEmploi_1

Il existe aussi une complémentarité en fonction du secteur d’activité. Voici par exemple les saisonnalités de charges comparés entre les services fiscaux et les entreprises du secteur de la distribution.

IimpactCloudSurEmploi_2

Les différents usages ne consomment pas non plus le même type de ressources, par exemple:

IimpactCloudSurEmploi_3

Ces trois seuls exemples illustrent bien les complémentarités qui existent. Et il en existe beaucoup d’autres !

Dans un monde parfait, la courbe théorique de progression du taux d’utilisation en mettant en œuvre toute les synergies serait celle-ci :

IimpactCloudSurEmploi_4

On voit que dans ce domaine « big is beautifull ».

On peut déjà mesurer l’effet de ces gains de productivité par la baisse du marché des serveurs alors que les usages de l’informatique sont en hausse.

Plus de serveurs administrés par personne

Les économies d’échelle semblent, dans ce domaine, illimitées, aucun plafond de productivité n’a encore été touché. Plus un datacenter est important plus le nombre de serveurs administrés par personne est élevé.

L’évolution du coût en ressources humaines de l’administration et de l’exploitation des serveurs en fonction de la taille du datacenter est la suivante :

IimpactCloudSurEmploi_5

On voit donc qu’il faut 5 fois moins d’effectifs (en ratio par serveur) pour administrer des serveurs réunis dans des Datacenter de 100.000 serveurs que dans des centres de 100 serveurs.

En théorie nous avons donc une division par 5 du nombre de serveurs administrés par 5 fois moins d’informaticiens donc une division globale des effectifs par 25. Ce ne sera pas le cas !

Pourquoi la pratique sera-t-elle différente de la réalité ?

Dans la réalité :

  • Tous les serveurs ne vont pas basculer dans le Cloud
  • La totalité des gains de productivité ne sera pas réalisée, notamment parce qu’il existera un grand nombre de petits et moyens datacenters et pas uniquement des mastodontes de plus de 100.000 serveurs
  • Le marché va grandir dans le même temps, boosté par la baisse de coût et la flexibilité induites par le Cloud

Dans ces trois domaines, les projections des analystes et des éditeurs varient assez sensiblement. Une position moyenne réaliste à horizon 2018 est :

  • 50% des serveurs dans le Cloud
  • Des gains de productivité liés au taux de charge de 1 serveur dans le Cloud remplaçant 5 serveurs physiques on premise
  • Des gains de productivité d’administration et d’exploitation moyens de 60% par rapport à une administration locale
  • Une multiplication du marché par 2,5

Dans ce cas, si l’on prend une base de volume d’emploi de 100 dans le domaine de l’infrastructure en 2013, le nombre d’emplois en 2018 sera de 60. Ceci en supposant que les 50% des serveurs qui restent on premise ne connaissent pas de gains de productivité d’exploitation…ce qui ne sera pas le cas. Il faut noter que sur les 60 emplois restants, 50 (83%) concernent les serveurs on premise et 10 (17%) les datacenter. Si l’évolution vers le Cloud est plus rapide, ou si la virtualisation des serveurs on premise induit également des gains de productivité, l’évolution sera plus importante.

Le nombre des informaticiens nécessaires dans le secteur de l’administration va donc baisser d’au moins 40% dans les 5 ans à venir. Il est possible que ce chiffre dépasse les 50%.

Cette évolution ne sera pas visible en 2013 et même sur une partie de 2014 en raison des migrations vers le Cloud qui génèrent un surcroit de travail temporaire. Le choc n’en sera que plus rude.

Il est indispensable de se préparer dès maintenant à cette évolution prévisible et prévue. Une gestion prévisionnelle des ressources humaines digne de ce nom accompagnée de plans d’évolution des compétences doit impérativement être mise en place. Cela n’a malheureusement pas toujours été le cas dans l’industrie informatique !

Impact sur les salaires

Le niveau requis pour certains postes est très sensiblement plus élevé que celui actuellement demandé. Les techniques mises en œuvre sont plus complexes : virtualisation, sécurité, load balancing, télécom… La responsabilité attachée au poste est aussi plus importante. Quand une erreur peut provoquer la perturbation de milliers de serveur, la fonction est forcément critique.

On assiste donc à une hausse des salaires pour les postes directement impliqués dans les datacenters. Mais cela ne concerne que 17% des postes à horizon 2018.

Pour les 83% des postes restants les salaires vont stagner voire être orientés à la baisse à cause des réductions d’effectifs provoquant une forte disponibilité de candidats.

On se trouve en face d’un marché de l’emploi à deux vitesses :

  • Des informaticiens maîtrisant les dernières techniques et à un niveau d’excellence qui seront recherché avec des propositions de salaire attrayantes
  • D’autres informaticiens avec des compétences incomplètes et/ou vieillissantes qui auront de plus en plus de mal à conserver leur emploi

Ici encore, il est nécessaire de prendre en mains son évolution de compétences et sa formation. Cette mutation majeure ne sera une opportunité que pour ceux qui auront pu et su anticiper un vrai projet professionnel en adéquation avec l’évolution du marché de l’emploi.

Pierre FRANCOIS


logo-IT-expert-mag-GOOD-website[1]Cette note de blog a initialement été écrite pour IT Experts

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